En Poussan ta porte : Rictus fut grandiose

rictDSC_0058La 1ère soirée de la saison “En Poussan ta porte” 2017-2018, déjà la 3ème édition, se déroulait ce 22 septembre !
Cet événement s’annonçait particulier car il allait se dérouler en centre-ville, chez Aurélie Malbec, une artiste poussannaise qui apprécie les spectacles proposés par la Compagnie Surprise. Une artiste qui est à votre disposition, car elle est illustrateur, dessinatrice.
Une soiré des plus belles avec un temps magnifique qui allait permettre un très bon déroulement du spectacle qui en fait était une déambulation dans Poussan. rictDSC_0006 (5)
Comme le précisait Mathilde Feurbach, par procuration, toujours fidèle aux principes de fonctionnement c’est toujours un plaisir de recevoir autant de spectateurs qui vont être surpris… Toujours dans l’idée de solliciter le public, et amener de nouvelles formes, un spectacle ambulant avec des décors évolutifs pour cette première soirée de notre 3eme saison.rictDSC_0003 (5)
 Avec une organisation très correcte tout allait au mieux . Nous allions nous promener dans les ruelles avec différentes stations dont le parvis de l’église, la place du 11 novembre, le jardin des Frères et bien d’autres. Un spectacle mis en scène par l’acteur lui-même et joué avec l’aide de son ami technicien, à merveille, avec énormément de sensibilité et de tendresse malgré la dureté du vocabulaire et des images.ricDSC_0016 (2)

En effet « Rictus » est un monologue inspiré des « Soliloques du pauvre » écrit en 1897 par Gabriel Randon alias Jehan Rictus, poète social et chansonnier, anarchisant. « Ce texte évoque l’errance d’un vagabond dans les rues d’une ville. Il dépeint sa misère et sa grande solitude, se débattant au milieu d’un monde sans cesse en mouvement. C’est à la fois les premiers échos du rouleau compresseur qu’est l’ère industrielle et la préfiguration de celui de la bulle financière qui se dessine, laissant de côté les individus les plus démunis. Il jette un regard acide, aiguisé et réaliste sur le fonctionnement du monde, l’indifférence généralisée des hommes et l’abrutissement collectif. »rictDSC_0022 (2)

ricDSC_0034 (1)Pour lui, toujours en vers, « Aucun ne veut descendre au fond de l’égout de son désespoir ».

Et pourtant grâce à Christophe Lafargue nous avons pénétré dans ce désespoir en découvrant plutôt, grâce à Randon, sa richesse, avec tendresse, avec une certaine douceur s’opposant à la violence des scènes..

C’est un peu ce qui caractérise Christophe; qui avec une Intrusion dans une rame de métro en 1989; a connu ses débuts, ceux de Garniouze (Christophe Lafargue) comme bateleur.

rictDSC_0036Après trois ans de manches, naît la feu cie Okupa Mobile, puis comédien au sein de la compagnie Le Phun pendant 15 ans, Il retrouvera en 2010 François Boutibou, compositeur et poète chez le Nom du titre. De cette rencontre va naître le spectacle RICTUS et la compagnie Garniouze Inc.

Ce spectacle porte la ligne artistique de la compagnie: défendre les mots des auteurs dans et pour l’espace publique. La Compagnie se pose comme un vecteur, où l’acteur est un transmetteur, un simple interprète qui porte et interagit avec les pensées d’auteur. Objectif atteint car Ce focus renvoie le spectateur à sa détresse comme à ses rêveries, à l’ironie de ses espoirs et de ses désespoirs.rictDSC_0052

Ce texte bien qu’écrit en 1897 est d’une intense actualité, comme si le monde en 120 ans n’avait pas bougé, comme si les questionnements de notre rapport aux autres dans les grandes villes restaient depuis toujours sans réponses, et où le rapport à la misère, à l’exclusion et à l’inégalité étaient toujours les mêmes.

Pourtant Jehan-Rictus né en et mort à Paris le . C’est un poète français, célèbre pour ses œuvres composées dans la langue du peuple du Paris de son époque.rictDSC_0056

Ses poèmes se trouvent principalement réunis dans deux livres, Les Soliloques du pauvre et Le Cœur populaire. Le premier fait soliloquer un sans-logis contraint d’errer dans Paris, le second divers personnages : prostituées, enfants battus, ouvriers, cambrioleurs, etc.

« Porter ce texte ancien en le confrontant à la modernité de notre temps apporte une nouvelle perception, une nouvelle écoute faite d’un décalage claudiquant. C’est l’inadéquation formelle du style écrit et de la contemporanéité du propos, interprété par un personnage d’aujourd’hui, qui donne l’impression d’un canard boiteux évoluant dans un monde marchant sur la tête. Un texte décalé pour notre époque, et pourtant si contemporain, à moins que ce ne soit l’époque qui ne bégaye l’Histoire passée.« 

Et s’il demande au fils de Dieu de faire un miracle, s’il prend rendez-vous avec la femme en noir pour qu’il y ait enfin du bon, malgré l’albatros du grand naufrage et le goéland du malheur, c’est qu’il hurle sa peine à plein gosier et la « fout » à la gueule du monde, car le soir ou le matin, il fait noir dans son destin.DSC_0062

Il téléphonera à Dieu, il finira par craquer et restera le gars à l’abandon, seul, malheureux, avant d’en finir.

Un spectacle décoiffant, qui, durant prés de deux heures vous prend et ne vous quitte plus, un acteur qui captive et qui vit à fond ce qu’il joue pour vous transmettre ses messages, ou plus précisément ceux de Randon.

Exceptionnelle interprétation qui fut saluée par de très longs applaudissements, et des félicitations qui ont fait l’unanimité dans le public.

Site spécialisé : http://www.florilege.free.fr/jehan-rictus/

 

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